Le Dr Jean-Philippe Durrieu DuFaza, Chirurgien ORL à la Clinique Ambroise Paré à Toulouse, mais aussi Médecin Chef de réserve du service de santé des armées s’est vu remettre, le 27 novembre 2018 à Berlin, le Trophée Européen 2018 pour la citoyenneté, la sécurité et la défense.

Un jury composé de l’association interparlementaire de la sécurité et de la défense européenne (ESDA), de l’Association Civisme Défense et Nation (CIDAN)  et de représentants des états-majors européens, lui a remis ce Trophée prestigieux lors du « 17th Congress on European, Security and Defense » à Berlin, pour les associations qu’il préside (l’ARROSSA (Association Réservistes Région Occitane du Service de Santé des Armées) et l’AOR31 (Association des Officiers de Réserve de Haute-Garonne)

Ce trophée Européen récompense l’action des réservistes de la Région Occitanie, pour leurs réalisations sur « la réponse Européenne face aux nouvelles menaces ». En effet ces associations de réservistes du service de santé des armées ont mis en place des formations (Ecole du Val de Grâce et SAMU31) permettant à des praticiens civils de bénéficier de formations à la médecine de guerre et ont aussi permis une coordination des équipes ayant à gérer des théâtres de guerre sur leur territoire Européen (Allemagne , Espagne, Belgique, …)

Pouvez-vous nous dire ce que signifie être réserviste pour le service des armées ?

Tout d’abord, il faut savoir qu’il y a deux types d’engagement à servir dans la réserve

La réserve opérationnelle est constituée de personnes capables de remplacer les militaires en cas de besoin. Ces réservistes reçoivent une formation militaire et signent un contrat de 3 à 5 ans. Selon leurs compétences et leur domaine de spécialité, ces réservistes opérationnels servent le service de santé des armées, sur le territoire national et sur les théâtres extérieurs. Ils se voient confier les mêmes missions que les militaires d’active.

La réserve citoyenne est constituée de volontaires agréés auprès d’autorités militaires en raison de leurs compétences, de leur expérience, mais aussi de leur intérêt pour les questions relevant de la Défense nationale. Les réservistes citoyens sont des collaborateurs bénévoles du service public qui ont choisi de servir sans faire du métier des armes leur profession. Les réservistes citoyens sont devenus au fil des années les acteurs incontournables du rayonnement des forces armées. Ceux issus de la société civile, se voient attribuer un grade à titre honorifique.

Le Trophée Européen 2018 pour la citoyenneté, la sécurité et la défense vous a été remis. Que représente-t-il pour vous ?

Ce trophée montre que les réservistes militaires sont au centre des problématiques actuelles de la nation et que leur efficience est maintenant reconnue jusqu’au niveau Européen. Depuis les attaques terroristes à Toulouse en 2012, nous voyons que la guerre s’invite au milieu de nos familles. Il paraissait indispensable de faire appel à l’expertise militaire en médecine de guerre pour préparer les praticiens civils à ces nouvelles menaces. Mais comme ces attaques sont européennes la réponse se devait aussi d’être Européenne. C’est pour cela que nous avons organisé les journées nationales d’instruction du GORSSA les 18-19 mai 2018 à Toulouse. Ces journées ont rassemblé à Toulouse tous les acteurs européens de la santé civile et militaire afin de travailler ensemble face aux nouvelles menaces. C’est le succès de cette action qui est récompensée par ce trophée. gorssa-toulouse-2018.fr

Comment êtes-vous parvenu à mettre en place les Journées Nationales d’Instruction du GORSSA ?

C’est fort des résultats obtenus sur la région de Toulouse-Occitanie ces dernières années que l’association nationale des réservistes du GORSSA (Groupement des Organisations de Réservistes du SSA) a fait appel à l’ARROSSA-AOR31 pour organiser ces journées nationales d’instructions à Toulouse. gorssa.fr

Ces journées ont pu être mise en place grâce à la mobilisation de tous les acteurs sanitaires de la Région Occitanie autour des réseaux de réservistes du service de santé des armées. Non seulement les services de l’urgence et de la médecine de catastrophe du SAMU31 et du CHU, mais aussi le monde hospitalo-universitaire, l’ARS, la préfecture, le SDIS, la gendarmerie, la police, etc…

Mais ce qui a été remarquable c’est l’immédiate implication des acteurs sanitaires privés comme Elsan, Pierre Fabre, UNEO, France Mutualiste, CASDEN, FNAM, ou des acteurs Européens industriels comme AIRBUS.

C’est cette mobilisation générale de toutes les énergies de la santé de la Région Occitanie face aux nouvelles menaces qui a montré la voie au niveau national et invité les équipes européennes à travailler ensemble.

Pourquoi était-il important d’associer Elsan  à ce genre de dispositifs ?

Elsan est un partenaire de santé incontournable, de proximité et de confiance au quotidien. De nombreux collaborateurs qui pratiquent au sein d’Elsan (médecins, infirmiers, administratifs, brancardiers, ASH,…) sont aussi réservistes opérationnels ou citoyens.

En effet, face au terrorisme et aux actes de guerre qui hantent maintenant notre quotidien, nous sommes tous des citoyens face à une même menace. Les équipes de santé Elsan qui travaillent au quotidien se rendent bien compte que leur expertise pourrait être un jour nécessaire. Non seulement dans leur professionnalisme mais aussi par le maillage national des établissements du groupe.

Les attentats de Trèbes ont montré que toutes les villes secondaires peuvent être le théâtre de scènes de terrorisme. Tous les acteurs de santé de proximité peuvent potentiellement être impliqués dans la gestion d’une attaque terroriste. Les équipes structurées du maillage territorial d’Elsan se doivent d’en tenir compte et d’être disponible si nécessaire. Il est évident que c’est l’intérêt de nos familles et c’est un devoir citoyen d’y répondre.

Qu’est-ce qui motive un professionnel comme vous à œuvrer pour le service de santé des armées ?

Les réservistes du service de santé des armées connaissent à la fois l’expertise de la médecine militaire et les besoins nouveaux de la nation. Face aux actes terroristes il est devenu indispensable que la formation des praticiens civils intègre la médecine en théâtre de guerre. Notre mission de coordination et de coopération entre la nation et ses armées était devenue centrale dans l’effort national. Sur un plan plus personnel nous avons la chance de vivre dans un pays où nos valeurs permettent l’épanouissement et la sécurité de nos familles. Ces dernières années nous voyons que rien n’est définitivement acquis et que cet équilibre est menacé. L’engagement dans la réserve n’est ni plus ni moins qu’un engagement citoyen dans l’effort national face aux nouvelles menaces et ainsi participer à la sécurité et l’avenir de nos familles.

A propos des plans blancs à la Clinique Ambroise Paré : comment l’initiative est-elle née ? Que signifie-t-elle ?

A la clinique Ambroise Paré de Toulouse, nous sommes sensibilisés à ces problématiques depuis l’explosion de l’usine AZF en 2001. Cette catastrophe majeure, à deux pas de la clinique Ambroise Paré, nous a mis dans des conditions extrêmes en terme de destruction et d’afflux massif de blessés.

Tous les intervenants de santé de l’urgence ont compris ce jour là que seul rien n’est possible ni sur l’instant ni sur la durée. Depuis une véritable culture du « travailler et se former ensemble » existe dans les secours de la région Occitanie.

Ensuite cette explosion industrielle nous a fait réaliser qu’en cas de crise majeure, tout ce qui n’est pas prévu en amont ne s’invente pas sur l’instant. Les axes ont donc été définis : formation, communication, entraînement, et mutualisation). D’où le plan blanc et la participation à des exercices en vrai grandeur organisés par la préfecture.

Donc chaque établissement de santé devrait s’y préparer et être capable de s’intégrer dans une organisation de secours globale gérée par la préfecture et les intervenants régaliens sanitaires de la crise (SAMU31 et SDIS31).

Les attentats « prémonitoires » à Toulouse en 2012, de Paris, de Nice, de Barcelone, de Berlin et de Strasbourg ont montré que les actes de terroristes répondaient aux préceptes de la médecine de de catastrophe en y ajoutant des actions multi-sites, de nombreuses victimes et l’insécurité. Les armées ont donc été naturellement intégrées à tous les dispositifs pour apporter leurs expertises en médecine de guerre.

Les établissements sanitaires, comme la Clinique Ambroise Paré, ont donc mis en place un plan blanc avec des procédures standardisées permettant de gérer le flux et l’accueil de nombreuses victimes. Mais aussi il existe une réflexion au sein d’Elsan pour coordonner et homogénéiser les formations en interne sur tout les établissements du territoire. La clinique Ambroise Paré et les établissements Elsan de la région Occitanie sont promoteurs de cette prise de conscience au sein d’un groupe d’établissements de santé. L’histoire de la Clinique Ambroise Paré (AZF) et l’expérience des attentats à Toulouse, ont permis une prise de conscience prémonitoire. Il était donc naturel que les réservistes du service de santé des armées qui y travaillent proposent que l’établissement puisse se mettre à disposition de la préfecture pour apporter le soutien de ses équipes lors des crises majeures.

Qu’avez-vous prévu pour la suite ? Avez-vous de nouveaux projets ?

Nous sommes en train d’étendre ce processus de formation des équipes civiles aux préceptes de la médecine militaire à la totalité de la région Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine. Nous allons tout particulièrement nous appuyer sur les partenaires qui ont été récompensés par ce trophée.

Elsan peut nous apporter son maillage territorial en soutien des structures hospitalo-universitaires et hospitalières de proximité.  La mission des associations de réservistes du service de santé des armées est de soutenir les armées dans leur volonté d’apporter leur contribution à l’effort national. Leur devoir est aussi d’informer les armées sur les besoins de la nation face à des crises nouvelles. Ce rôle de « passeur » est de notre responsabilité citoyenne et se matérialise par notre engagement dans la proposition de formations par des militaires d’active particulièrement aguerris suite aux OPEX (Opérations Extérieures).

Tous les acteurs de santé du territoire peuvent et doivent se rassembler dans ces formations de haut niveau offertes par le SAMU31 aux praticiens (Médecins : capacité de médecine de catastrophe et infirmiers : Diplômes Universitaire des soignants en désastre sanitaire) civils. Elsan a pris conscience de ce qu’il pouvait apporter aux praticiens de ses établissements mais aussi à l’organisation nationale de la gestion de crises. De nombreuses actions de formations internes sont en cours de mise en place mais aussi de soutien pour tous les praticiens civils voulant se former. Nous appelons aussi tous les acteurs publics et privés à proposer leur soutien et faciliter la mise à disposition de leurs équipes soignantes pour le bien commun.

Nous espérons ainsi que cette dynamique en appellera d’autres tant au niveau régional, que national. Les nouvelles menaces terroristes vont malheureusement faire partie de notre quotidien pour plusieurs générations. L’expertise et l’engagement de tous sera nécessaire qu’ils soient individuels ou au sein de chaque entité hospitalière publique ou libérale.

Par cet interview nous voulions remercier Elsan pour nous avoir soutenu lors des journées nationales du GORSSA 2018 à Toulouse, et les associer naturellement à ce trophée récompensant cette démarche.